25 mai 2005

Charles Baudelaire

   Charles Baudelaire, naquit à Paris en 1821 et mourut à Paris en 1867, fut un poète français qui fut orphelin de père à l'âge de six ans. Il dédia ce recueil Les fleurs du mal à son ami T. Gautier.

                                                               Le Vampire

Toi qui, comme un coup de couteau.
Dans mon coeur plaintif est entrée;
Toi qui, forte comme un troupeau
De démons, vins, folle et parée,

De mon esprit humilié
Faire ton lit et ton domaine.
--Infâme à qui je suis lié
Comme le forçat à la chaîne,

Comme au jeu le joueur têtu,
Comme à la bouteille l'ivrogne,
Comme aux vermines la charogne,
--Maudite, maudite sois-tu!

J'ai prié le glaive rapide
De conquérir ma liberté,
Et j'ai dit au poison perfide
De secourir ma lâcheté.

Hélas! le poison et le glaive
M'ont pris en dédain et m'ont dit:
« Tu n'es pas digne qu'on t'enlève
A ton esclavage maudit,

Imbécile!--de son empire
Si nos efforts te délivraient,
Tes baisers ressusciteraient
Le cadavre de ton vampire!
   Dans ce poème, on relève le curieux schéma des rimes de ces six quatrains d'octosyllabes dont seuls le troisième et le dernier offrent des rimes embrassées. Le poème est construit d'abord sur une interpellation de la femme vampire, qui s'achève sur une mallédiction puis sur le retournement de l'agressivité contre le poète lui-même. Le masochisme s'allie ici à l'extériorisation du dédain manifesté par l'Aimée.
La Fontaine de sang
Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
Je l'entends bien qui coule avec un long murmure,
Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.

À travers la cité, comme dans un champ clos,
Il s'en va, transformant les pavés en îlots,
Désaltérant la soif de chaque créature,
Et partout colorant en rouge la nature.

J'ai demandé souvent à des vins captieux
D'endormir pour un jour la terreur qui me mine;
Le vin rend l'oeil plus clair et l'oreille plus fine!

J'ai cherché dans l'amour un sommeil oublieux;
Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles
Fait pour donner à boire à ces cruelles filles
...
Les Métamorphoses du vampire
La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise,
Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc :
" Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science
De perdre au fond d'un lit l'antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
La lune, le soleil, le ciel et les étoiles !
Je suis, mon cher savant, si docte aux Voluptés,
Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés,
Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi,
Les anges impuissants se damneraient pour moi ! "

Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,
Et que languissamment je me tournai vers elle
Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus
Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus !
Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante,
Et quand je les rouvris à la clarté vivante,
A mes côtés, au lieu du mannequin puissant
Qui semblait avoir fait provision de sang,
Tremblaient confusément des débris de squelette,
Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette
Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer,
Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.
Le côté provocateur de ce poème très "Jeune-France" est loin d'être l'apanage de Baudelaire. Gautier l'avait amplement pratiqué dans Albertus qui en semble la source la plus immédiate et la plus évidente. Le romantisme à aimé les vampires, auxquels Mario Praz a consacré quelques pages de son livre. La note plus particulièrement baudelairienne tient dans l'amplification cosmique (v 9-10) ou religieuse (v 16) qui est donnée ici au thème de la femme vampire.

Posté par louislestat à 17:37 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Charles Baudelaire

Nouveau commentaire